Au printemps 2026, l’association L’A. Agence culturelle Nouvelle-Aquitaine est en liquidation en raison de l’arrêt de son financement par la Région et la DRAC Nouvelle-Aquitaine. Le présent site web est une archive hébergée par la Région Nouvelle-Aquitaine, consultable à l’envie pour un temps indéterminé (pages web, ressources PDF…) et dont les contenus seront en partie repris par le portail Culture & Patrimoine.
1986-2026 : 40 ans de service
Emploi, formation et dialogue social

| En ce début d’année 2026, L’A. entame sa quarantième année d’engagement au service des professionnel·les de la culture et des territoires de Nouvelle-Aquitaine, un anniversaire terni par sa fin imminente. Malgré cela, nous faisons le choix de rendre hommage à ces décennies de force collective, nourries par les territoires, les professionnel·les et les partenaires qui ont fait vivre et reconnaître l’utilité de l’Agence. À toutes et tous, nous souhaitons une année 2026 placée sous le signe du dialogue, de la coopération et de la vigilance partagée, pour un service public de la culture à la hauteur des enjeux démocratiques, sociaux et artistiques de notre temps. Depuis quarante ans, L’A. observe les transformations du secteur culturel, documente les dynamiques de l’emploi, éclaire les politiques publiques, cartographie les acteurs, outille les professionnel·les, et favorise des coopérations durables. Ces missions, souvent discrètes, sont pourtant essentielles : elles permettent de comprendre les écosystèmes artistiques, de sortir de l’isolement, de sécuriser les parcours, et de nourrir une action publique fondée sur la connaissance plutôt que sur l’intuition. Nous avons souhaité donner la parole à des artistes, salarié·es et partenaires ayant travaillé avec L’A. Leurs témoignages racontent l’apport concret de l’Agence dans leurs parcours et rappellent ce qu’elle représente pour le secteur culturel en Nouvelle-Aquitaine. Vous souhaitez nous apportez le vôtre ? Un formulaire permet de nous transmettre souvenirs ou témoignages de sympathie. |
| « Découvrir et comprendre l’écosystème artistique » « Sortir de l’isolement, comprendre les fonctionnements en réseau, découvrir les structures qui existent en Nouvelle Aquitaine. » C’est ainsi que des artistes décrivent le rôle qu’a joué l’Agence L’A dans leurs parcours. Conteuse, Céline Ripoll, qui s’est longtemps partagée entre le Pacifique – plus particulièrement l’île de Pâques– et la France a souhaité faire évoluer sa pratique vers le spectacle seule en scène. La nécessité de sortir du seul réseau du conte s’est imposée. De rencontre en rencontre, elle a découvert L’A d’abord par son magazine, L’Affût, puis, en 2025, a suivi trois jours de formation organisée conjointement par L’A. et l’iddac sur la conduite d’un projet artistique : « Pour quelqu’un de très isolé comme moi, c’était très complet et permettait de comprendre comment les fonctionnements administratifs : établir un budget, comprendre ce que valorise une ligne budgétaire, aller aux manifestations permettant de rencontrer les diffuseurs … Cela m’a beaucoup aidée dans ma structuration, et a permis à des projets de se réaliser. Leur analyse recoupait des informations qui permettent d’être à l’écoute d’un territoire et de comprendre ses enjeux. Je ne m’étais par exemple jamais posé la question des publics empêchés ! ». Swann Garnier a travaillé avec L’A. à son mémoire sur la place de l’assistant·e metteur en scène : « une interlocutrice m’a beaucoup aidée dans ma réflexion sur les conditions actuelles de l’exercice du métier où l’on est obligé de solliciter et suggérer. »Au delà d’accompagnements personnels, et de la disponibilité d’interlocuteurs·rices dont elles soulignent la qualité d’écoute, chacune souligne l’intérêt public de cette information disponible :« La lecture de l’Affût m’a permis de sortir un peu de ma bulle artistique pour mieux comprendre les enjeux des programmateurs et des territoires » déclare Céline Ripoll.Swann Garnier ajoute que « Les cartographies ont été un outil essentiel pour comprendre la présence des artistes en Nouvelle-Aquitaine.» La mission d’accompagnement passe également par la mise en lien d’acteurs et actrices culturelles autour de sujets qui peuvent sembler marginaux voire tabous, dans leurs préoccupations quotidiennes. C’est le sens du travail mené en partenariat avec l’ARACT (Agence Régionale pour l’Amélioration des Conditions de Travail) autour de plusieurs problématiques : dialogue social dans les structures culturelles, égalité femmes-hommes et prévention des VHSS, addictions, questions sociales posées par la digitalisation du travail… Ce partenariat a pris plusieurs formes : journées de travail thématique, mise en lien de l’ARACT avec des structures culturelles, conception d’outils parfois ludiques.« Nous avons besoin d’avoir accès à de nouveaux terrains et de rencontrer des salarié.es, explique Sandrine Blanché, chargée de mission à l’ARACT, pour expérimenter des outils de prévention et aider les entreprises dans la prévention des risques psychosociaux. L’Agence a répondu à ces besoins en nous mettant en contact avec des structures culturelles et nous a permis de porter ces sujets de la prévention des risques au travail auprès du milieu culturel, notamment au cours du Forum Entreprendre dans la Culture. Dans un milieu où l’affectif et les relations personnelles prennent souvent le dessus, notre intervention facilitée par L’A a permis de résoudre des situations complexes ou conflictuelles dans certaines structures, et de faire comprendre qu’elles relevaient davantage de défauts d’organisation que de relations interpersonnelles ». |
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| L’observation, outil fondamental des politiques publiques En quarante ans, L’A. a produit toute une gamme de ressources (études, fiches, podcasts, webinaires, cartographies, dossiers, magazine l’Affût)… « C’est un acteur à l’apport très important, estime François Pouthier, maître de conférences en aménagement du territoire à l’Université Bordeaux Montaigne. Les publications produites par l’Agence L’A. sont des outils pour mes enseignements en master, et leurs données sont utilisées par les étudiants dans des modules d’action sur le terrain. Aujourd’hui, si on a l’ambition d’entrer dans une nouvelle ère des politiques publiques de la culture, on a besoin de ces outils. ». Titulaire d’un master en sociologie de la Culture, Stella Morin a travaillé au pôle Observation de l’Agence et contribué notamment à deux études, l’une sur l’accompagnement dans le secteur culturel,l’autre sur l’emploi intermittent en Nouvelle-Aquitaine.« Sur l’accompagnement, on manquait de définition commune : il a fallu effectuer un travail de cadrage et précision avec des spécialistes de cette question comme Maela Paul. On a répondu à un besoin des structures professionnelles et des pouvoirs publics avec une cartographie des structures accompagnantes en Nouvelle-Aquitaine. L’étude sur l’emploi intermittent, menée à la demande du Coreps, répondait à un besoin des syndicats et têtes de réseau. Je suis convaincue de l’importance de ces études pour les syndicats et les acteurs et actrices même si on a l’impression que les moyens leurs manquent parfois pour s’en emparer. » Le canari dans la mine ? Des mots sont récurrents dans ces témoignages : intérêt général et service public.« Ce qui donnait du sens au travail de l’agence A était précisément d’être positionnée à mi-chemin entre les professionnel.les de la culture et les politiques publiques et leurs institutions. L’ensemble des salarié.es étaient au plus près du terrain tout en ayant une conscience de l’intérêt général et du service public », estime Stella Morin. Au delà du seul cas de l’Agence Culturelle Nouvelle-Aquitaine, François Pouthier constate le rôle fondamental des agences départementales puis régionales dans les politiques publiques de la culture depuis les années 70 et s’interroge sur le retour de la culture dans le seul giron des collectivités et élu.es et/ ou sur les acteurs et actrices organisé.e.s en réseau. Un retour réfléchi ou forcé par les seules logiques économiques ? « Les Régions ont beaucoup porté les logiques de filières, mais encore faut-il pouvoir les accompagner. Les faire reposer sur les seuls réseaux pose la question de l’aide à leur structuration », constate-t-il. L’inquiétude sur l’avenir des agences culturelles résonne comme un canari dans la mine pour le secteur culturel dans son ensemble : « La culture fait partie des leviers démocratiques et son manque de moyens devrait nous inquiéter. Il ne faudrait pas sous-estimer l’impact de cette baisse des moyens sur les lieux où l’on peut exercer sa citoyenneté, estime Sandrine Blanché.« C’était une chance extraordinaire que L’A. nous invite à être plus professionnels, avec un regard affûté, sans obligation de résultats. On existe parce que la France a cette culture de la culture ! Ce que nous offrons au monde n’est pas tangible, pas palpable, mais que restera-t-il si nous n’existons plus ? » s’interroge Céline Ripoll, citant au passage un joli conte dans lequel le travail du paysan et du bœuf tirant la charrue n’est supportable que grâce au chant des oiseaux. ![]() Propos recueillis par Valérie de Saint-Do |
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